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Discussion: Spécial RUGBY

  1. #3421
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    Le 23 avril 2005, Christophe Dominici inscrit l'essai de la victoire parisienne, face à Biarritz, en demi-finales de la Coupe d'Europe (20-17). Avec une pensée forte pour sa soeur disparue tragiquement. (C. Liewig /Corbis via getty images)
    Rugby, Disparition
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    La souffrance longtemps cachée de Christophe Dominici
    Le 23 avril 2005, Christophe Dominici inscrit l'essai de la victoire parisienne, face à Biarritz, en demi-finales de la Coupe d'Europe (20-17). Avec une pensée forte pour sa soeur disparue tragiquement. (C. Liewig /Corbis via getty images)
    Toute sa vie, Christophe Dominici aura été hanté par le décès de sa soeur aînée alors qu'il avait quatorze ans. Un drame dont il ne s'est jamais vraiment remis.
    Dominique Issartel
    25 novembre 2020 à 00h20
    « Le blues de mon enfance me rattrape toujours. Comme autrefois, j'ai l'impression d'être nu, sans défense, ni protection. Je plonge à corps perdu dans la mélancolie, je laisse libre cours à mes idées autodestructrices. Dans ces moments-là, je n'ai plus de repères, plus d'envie, aucune force. De ces heures sombres surgissent des angines blanches. Je crois que je vais mourir, étouffé ou écrasé sous un poids invisible. Je ne peux pas tenir debout. Je reste au lit plusieurs jours, recroquevillé comme un foetus. Je ne décroche plus le téléphone. »

    Dans son autobiographie Bleu à l'âme, parue en 2007 et écrite par Dominique Bonnot, journaliste à L'Équipe, Christophe Dominici décrivait ainsi l'inlassable vague de désespoir qui, malgré ses joies de rugbyman, ses réussites d'homme d'affaires ou le sourire de ses deux filles Chiara et Mya, finissait toujours par le happer, impitoyable.

    Des années de souffrance pour oublier sa soeur aînée disparue
    Enfant, Christophe Dominici avait déjà peur. Peur du noir, peur de tout. Il a dormi avec ses parents jusqu'à l'âge de cinq ans, puis avec sa soeur Pascale, de dix ans son aînée, jusqu'à ses onze ans. Pascale était gaie, rayonnante et l'élevait, dans les deux sens du terme, suppléant leurs parents Nicole et Jean-Marie, horticulteurs qui faisaient des journées de douze heures. Une fois, il n'avait pas quatorze ans, elle l'avait emmené en boîte de nuit pour l'anniversaire d'un ami, il avait goûté du champagne... Et puis, un matin, quelques mois plus tard, sa mère était venue lui apprendre la terrible nouvelle.

    Il est dans son lit, il doit partir au collège, sa soeur est morte dans un accident de voiture, après une succession de tonneaux. Dévasté, il va passer les années qui suivent à essayer de dompter sa souffrance, à enfouir le souvenir de Pascale et la joie des moments passés avec elle. « J'ai voulu occulter son existence, oublier qu'elle avait vécu, que l'on cesse de m'en parler, raconte-t-il dans L'Équipe en 2003, en pleine Coupe du monde de rugby. Jusqu'à très tard, je n'ai pas voulu aborder le sujet. En dehors de la maison, je disais que j'étais fils unique, je m'étais construit une image. Quand tu rentres à la maison et que tout le monde pleure, toute la soirée, tous les soirs, c'est tellement douloureux. »

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    Il se réfugie dans une quasi-délinquance, il se bat, vole des mobylettes, des autoradios, des voitures et hurle devant sa mère désemparée : « Tout ce malheur, c'est à cause de moi ! Vous auriez préféré que ce soit moi qui disparaisse, n'est-ce pas ? » Cette idée s'est insinuée sournoisement dans son esprit, il s'attache à se rendre aussi détestable que sa soeur était charmante. Quand elle le rencontre, en 2006, pour lui proposer d'écrire son histoire parce que « je trouvais le joueur formidable et qu'il y avait quelque chose dans son sourire », Dominique Bonnot découvre un homme toujours fragile. « Il m'a dit oui en dix minutes. Il était content que ce ne soit pas quelqu'un du rugby qui fasse le livre car, m'a-t-il dit, il voulait parler de sa vie plus que de son jeu. »

    Même s'il a commencé à dire sa souffrance, depuis une terrible dépression en 2000, il cherche un sens aux malheurs qui s'accumulent, de la mort de son kinésiologue Pierre Cesano, qui l'a beaucoup aidé, au départ de sa femme, Ingrid, qu'il a poussée à bout. « Il racontait tout dans le désordre et peu à peu, il voyait le lien apparaître, poursuite Dominique Bonnot. Il comprenait que le choix d'occulter sa soeur avait déterminé la façon dont il entrait en relation avec les autres. »

    Christophe Dominici au duel avec Rodrigo Roncero, son ancien coéquipier au Stade Français, lors d'un match de la Coupe du monde France - Argentine en 2007. (F. Mons/L'Équipe)
    Christophe Dominici au duel avec Rodrigo Roncero, son ancien coéquipier au Stade Français, lors d'un match de la Coupe du monde France - Argentine en 2007. (F. Mons/L'Équipe)
    Lentement, il décortique le lien nocif qui l'unit à Ingrid, rencontrée dans un bal du club de rugby, alors qu'elle avait quatorze ans et lui dix-huit. Longtemps, pourtant, la jeune femme va essayer de l'arracher à ses démons. Dominique Bonnot : « Il se comportait avec elle comme un macho, un mec lourdaud qui refusait qu'elle devienne avocate. Quand ils sont arrivés au Stade Français, il ne supportait pas qu'elle soit copine avec les autres femmes de joueurs, il voulait sortir seul. Il refusait de lui parler de sa soeur. Elle lui disait : "Si tu restes bloqué sur la minute où elle est morte, tu ne pourras jamais vivre." Il l'envoyait balader. Il s'est fermé à elle comme à sa soeur. »

    Son départ, qu'il compare à un second deuil, le laisse anéanti. À l'automne 2000, il passe vingt-quatre jours d'affilée sans dormir, se réfugie dans la chambre du médecin de l'équipe Hakim Chalabi, lors des déplacements, ou dans celle du manager, Yves Maman qui lui répète : « Chacun a droit à au moins une minute de bonheur par jour, accroche-toi à la tienne et demain, il y en aura deux, puis trois. » Mais il se noie, déclare forfait à la dernière minute pour une rencontre de Coupe d'Europe à Londres, contre les Wasps. Deux semaines plus tard, en plein stage de l'équipe de France, avant une rencontre face à l'Australie, victime d'une énième insomnie, il demande à Thierry Hermerel, le docteur des Bleus, de lui tenir la main, comme lorsqu'il était enfant. Contacté, Chalabi décide de le faire hospitaliser à Boulogne, à la Clinique des Sports, où il va rester onze jours, plongé dans un sommeil artificiel.


    Ses coéquipiers ne savent pas comment réagir. Son meilleur ami, son presque frère Franck Comba, avec qui il est monté de Toulon à Paris et contre qui il se serre avant chaque rencontre, dira, un an plus tard : « On n'a jamais reparlé de ce mauvais épisode. Tous les deux, on se parle plus dans les journaux que face à face, disons qu'on se sent. »

    « Christophe ne parlait pas de sa fragilité. Il avait l'air d'un mec très fort mais il était plein de sentiments derrière une carapace très épaisse, très dure à briser »

    Rodrigo Roncero, son ancien coéquipier au Stade Français
    Joints mardi soir en Argentine, les anciens Pumas Agustin Pichot et Rodrigo Roncero, qui ont tous les deux passé quatre années au Stade Français avec Dominici, confirment cette immense pudeur, quasi maladive. « C'était un ami, quelqu'un d'intense, avec le coeur sur la main, explique Pichot, mais toujours tourné vers l'autre. Nos discussions pouvaient durer des heures, on parlait de Napoléon ou du rugby, mais pas de lui. » « Ces derniers temps, au téléphone, je sentais qu'il était triste, ajoute Ronceroque Christophe Dominici avait choisi pour venir entraîner les avants de Béziers si le projet de reprise du club avait abouti. Il n'avait pas répondu à mon dernier message, la semaine dernière. Il avait passé tant de temps, tant de coups de fil pour que ça marche... Mais Christophe ne parlait pas de sa fragilité. Il avait l'air d'un mec très fort mais il était plein de sentiments derrière une carapace très épaisse, très dure à briser. »

    Pour éviter les mots, ses rapports avec les autres reposaient sur d'autres socles : l'instinctif, le viscéral, l'épidermique. Il disait qu'il avait fait du rugby « pour réchauffer ses parents » mais c'est bien lui qui venait puiser cette chaleur au contact de ses partenaires. « Sans arrêt, il nous cherchait, nous, les gros, racontait en 1999 Serge Simon, pilier parisien et champion de France avec Dominici un an plus tôt. Au vestiaire, dans le car, sur le terrain. Il voulait faire les mêlées, comme un avant refoulé. Ça compte tellement pour lui, l'affectif. Christophe a besoin d'amour, de beaucoup d'amour. »

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    « J'aurais adoré jouer avec les gros, confirmait l'ailier, quatre ans plus tard. Avant les matches, je sors m'échauffer pour faire comme les autres joueurs de la ligne d'attaque mais je préfèrerais rester dans l'intimité et le silence du vestiaire, avec le pack. C'est là où l'affectif est le plus fort. Ces instants-là, c'est unique. Tu ressens tellement que sans les autres, tu n'existes pas... »

    Cette présence était indispensable à Christophe Dominici et, même après l'arrêt de sa carrière, en 2008, il continuera à rechercher, sans jamais être rassasié, la reconnaissance de son entourage. « Quand j'échangeais avec lui, assez régulièrement, dit Dominique Bonnot, je sentais qu'il adorait son travail de commentateur, que ce soit chez Orange, à L'Équipe ou sur RTL. Il aimait faire des choses où il se sentait reconnu, applaudi, il était dans une position où le regard des autres, c'est terrible à dire, lui était essentiel pour continuer à vivre. Et quand il réussissait quelque chose, c'est comme si ça ne comptait pas, il lui fallait refaire encore, toujours plus. »

    « Quand ils se disputaient avec son épouse (Loretta), on avait l'impression d'être dans les films italiens des années 70 »

    Dominique Bonnot, biographe de Christophe Dominici
    La nouvelle vie de Christophe Dominici était elle aussi jalonnée d'excès. Il ne savait pas dire non et s'était retrouvé à la tête d'une entreprise qui produisait du vin, d'une autre qui embouchait des bouteilles d'eau minérale, il donnait des conférences en entreprise, chez Renault ou Ferrari. Avec Loretta, sa nouvelle épouse italienne, la relation était passionnelle, faite de séparation et de retrouvailles : « Quand ils se disputaient, raconte encore Dominique Bonnot, on avait l'impression d'être dans les films italiens des années 70. » Mardi, Loretta, inquiète de ne pas voir rentrer son mari, s'est rendue dans le parc de Saint-Cloud, pas très loin de l'endroit où ils faisaient construire une maison. Son mari était là, décédé. Un jour, rattrapé par le blues de son enfance, il avait dit : « Ma soeur, on dirait que je l'ai suivie jusque dans sa tombe. »

    publié le 25 novembre 2020 à 00h20
    Christophe Dominici
    commentaires (122)lire la charte
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    Fabvan0305
    le 25 novembre 2020 à 00h39
    Repose en paix ! En 99 tu m as fait aimer le rugby

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  2. #3422
    Avatar de GerardBaste
    Date d'inscription
    March 2008
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    Merci pour le partage Tanplan !

  3. #3423
    Entre à la 88ème Avatar de Gus
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    Merci beaucoup pour l'article.
    Bike is a state of mind.
    Don't forget it!!

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