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Voir la version complète : [Joueur] THEO - Milieu Offensif - France >> Légende du club



Seigneur Morgoth
02/05/2008, 14h48
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Gallardo, Scifo, Hoddle et Barberis ne sont que des successeurs de Théo qui fut au début des années 60 la toute première pierre angulaire de l'A.S.Monaco. Joueur avant-gardiste et au profil peu commun, ce fils d'immigré polonais se révèlera être la pièce essentielle de la plus formidable des générations. Un style de jeu hors-norme qui dérouta les techniciens de l'époque dans un rôle de régulateur que l'on ne nommait pas encore, meneur de jeu.

L'offrande polonaise

Théodore Skudlapski dit "Théo", fils d'immigrant polonais dont le père comme beaucoup d'autres quitta sa terre natale pour travailler dans les mines du nord de la France fait partie de cette fameuse génération de joueur offert par la Pologne à la France. Bien avant la France Black-Blanc-Beur, la toute première génération bleue de la "France terre d'accueil" fut franco-polonaise. A l’image de son compère monégasque François Ludo d'abord, mais aussi Wisniewski, Lech et un certain Raymond Kopa.
Promis tout comme Ludo à prendre la succession paternelle, c'est le football qui le sortis des mines. Le RC Lens d'abord, puis Rennes. Un début de carrière surtout marqué par son premier grand succès, celui du titre de champion du monde militaire en 1957 à Buenos Aires, aux côtés de ses futurs complices monégasques Lucien Cossou et Yvon Douis avec qui il s'entendra à merveille.

C'est lors de l'été 1960, sous l'impulsion de Lucien Leduc qu'il intègre une équipe monégasque fraîchement auréolée de son premier titre majeur ( Coupe de France 1960). Théo se souvient : " J'avais un peu peur en débarquant à Monaco, à cause de la chaleur et de mon gabarit. J'ai passé deux ans à Rennes après avoir débuté à Lens dont les dirigeants m'avaient sortis de la mine où j'étais descendu à 15 ans. Alors les palmiers..........". Il fut la seule recrue d'importance d'un groupe déjà bien étoffé, mais une recrue de choix.

La pièce qui manquait

Reims en déclin, c'était Monaco, l'équipe en devenir qui était appelé à prendre la place de cador du football français, mais jamais elle n'aurait pu le faire sans l'apport de Théo. " Théo nous a fait franchir un palier supplémentaire, non seulement collectivement, mais aussi et surtout individuellement " admet Georges Thomas. Bien que très peu mobile, ce gaucher quasi-exclusif est rapidement devenu le maître à jouer de la principauté. Si bien qu'il était l'homme à contrer pour l'adversaire, subissant chaque samedi un marquage impitoyable. Une situation difficile dont il se sortait pourtant à merveille, car excellent passeur, il était capable de détourner l'attention de son garde du corps en faisant jouer ses coéquipiers. " C'est vrai que je n'ai jamais su courir, admet le principal intéressé. Mais j'étais assez adroit avec mon pied gauche pour faire courir le ballon et mes camarades que je trouvais les yeux fermés. Parce que lorsque je recevais la balle, sa destination m'était déjà connue ". Ainsi libéré de l'engagement adverse à son égard, le festival Théo pouvait commencer.

L'apport de ce joueur est ainsi considérable, déjà fournit en joueur de qualité, Monaco a pu désormais compter sur un artiste sachant focaliser l'attention de l'adversaire pour libérer ses partenaires mais aussi prendre le jeu à son propre compte dès qu'il se faisait un peu oublier. Son entente avec Yvon Douis, lui aussi fortement critiqué pour sa lenteur sera exceptionnelle. Le duo fonctionne à merveille et sera le plus bel atout d'une équipe propulsé ténor du football français : Champion de France en 1961 et auteur d'un doublé fantastique deux ans plus tard seulement trois ans après son premier trophée majeur en 1960. Le Grand Reims lui-même avait du attendre 10 ans après son premier titre pour réussir son premier doublé.

Par mis ses souvenirs les plus marquant, Théo retiendra modestement deux buts, d'abord son tout premier sous les couleurs de Monaco sur une splendide reprise de volée du droit, " pas mal pour un gaucher exclusif " dira t-il. Ensuite, un but sur penalty. Car il fut en effet le premier joueur à marquer un temps d'arrêt dans sa course pour loger le ballon au fond des filets, le but fut accordé mais il fit scandale. Et aujourd'hui cette méthode peu orthodoxe est strictement interdite.

Meneur de jeu avant l'heure

Mais le véritable apport de Théo se trouve dans son style de jeu, il serait bien présomptueux d'affirmer qu'il est à l'origine de la légende des "numéros 10 dans la plus pure des traditions" qui ont émergés et fascinés dans les années 70 et 80, mais il fait bel et bien partis de ces joueurs d'exceptions qui ont contribués à l'éclosion de ce nouveau poste, de ce nouveau rôle qui est aujourd'hui devenu encore plus populaire qu'un avant-centre. A l'ombre d’un Pelé, Théo fait pourtant partis de la même race de joueur.<o></o>
Son jeu dérouta les techniciens français, trop singulier dans son placement et dans ses mouvements. Dans une époque ou l'on négligeait le rôle du milieu de terrain (4-2-4 ou 3-2-5) avec une attaque bien fournie et trois lignes (défense, milieu, attaque) bien distinctes, l'hybride Théo était profanateur. Considéré à la base comme un attaquant, il était pourtant essentiellement portée à la jointure des jeux défensifs et offensifs monégasques. Qu'il soit "avant-centre" ou "inter gauche" selon les appellations d'époques, Théo se plaçait systématiquement en soutiens légèrement derrière les Cossou, Douis ou Djibrill dont il "catalyse les mouvements" selon l'aveu même de Lucien Leduc. Le légendaire entraîneur de l'ASM en décryptant le jeu de Théo, faisait sans s'en rendre compte la description du numéro 10 d'aujourd'hui : " Théo est un joueur qui a une technique exemplaire et utilitaire. Théo a un peu un tempérament d'artiste. Il joue un rôle essentiel de régulateur et on peut toujours attendre de lui un éclair, une flambée, une passe originale ou une ouverture qui amène un résultat " . Le joueur ne négligera pourtant pas son rôle en pointe d'autant plus qu'il possède un pied gauche redoutable "dont il ne sert pas assez à mon goût" regrettait Leduc.

Lorsque Monaco n'avait pas la possession du ballon, son rôle défensif n'en était pas moins singulier. Peu véloce mais presque toujours en mouvement, il s'interposait très haut entre la balle et ses défenseurs bien à l'opposé d'une culture défensive d’alors qui se voulait attentiste. Gênant ainsi la progression adverse et la forçant à jouer, toujours à l'affut d'une erreur de passe et de dribble. Mais dès qu'il se trouvait nettement dépassé par le ballon, Théo ne participait plus activement à sa reconquête laissant Artélésa et sa défense prendre le relais et préférant se poster en point d'appuie proche pour rendre opérationnelle une éventuelle contre-attaque. Tout simplement une hérésie pour certains entraineurs dans une époque ou si peu de défenseurs étaient alignés et qu'une montée d'un demi adverse suffisait pour avoir une supériorité numérique.

Privé de joute internationale

Cette hérésie avait pourtant l'incroyable avantage de fonctionner. Le sorcier Leduc à su exploiter les atouts du magicien Théo et le jeu de Monaco s'en trouvait généreux et offensifs au milieu d'une multitude d'autres prétendants prônant le réalisme et la rigueur défensive avant tout. C'était là la naissance de la culture du beau jeu monégasque que l'on continue de louer aujourd'hui.
Malheureusement pour lui, l'avant-gardiste Théo faisait bien figure d'extra-terrestre durant cette décennie et Leduc n'était pas sélectionneur national. Le comité de sélection composé de Georges Verriest, Marcel Langillier, Henri Guérin et de Georges Boulogne (avant 1964, il n'y avait pas de sélectionneur unique) rechignait en effet à incorporer durablement le franco-polonais. Bien que Georges Verriest fut un admirateur inconditionnel de Théo, il n'en était pas de même pour le reste du comité notamment Henri Guérin.
Son incorporation fit débat car nombreux sont ceux, du journaliste sportif respecté au simple supporter qui ne désiraient qu'une chose : voir associer chez les bleus Théo à son compatriote polonais Kopa et à son compère monégasque Douis. La raison essentielle du boycott de Théo par le comité était justement sa singularité. Sélectionner Théo signifiait remettre en cause un groupe et surtout un style de jeu. Une situation que connaîtras bien plus tard un autre meneur monégasque de génie : Glenn Hoddle avec la sélection anglaise.

Théo restera 7 ans au club, emmenant Monaco jusqu’à ce sommet que l’on ne peut plus dépasser mais ne pourra empêcher par la suite l'incontournable déclin d'une équipe vieillissante dont les cadres quittaient la peu à peu la maison rouge et blanche. Il sera le dernier de la plus belle des générations à partir en 1967, toujours avec son compère Douis. Laissant bien malgré lui Monaco à un destin qui pendant plus de 10 ans se révèlera funeste, confiné dans un rôle dans le meilleur des cas de ventre mou, dans le pire d'éternel nouveau promus, rapidement relégué.

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Désolé si c'est un peu formel et/ou mal écris, j'ai récupéré cela de mon tout premier site datant de 2001/2002

Turtle
02/05/2008, 15h23
Un grand manque qu'il fallait comblé,
et c'est fait avec brio Morgoth, superbe article.

Difficile de rajouter quelque chose,
les images de l'époque n'étant pas,
on s'en remet aux articles et à la parole des anciens (mon grand-père m'en a déjà parlé, mais de manière assez flou),

un grand - quoiqu'il en soit - un très grand,
qui a permis à l'équipe d'inscrire ses premières lettres dorées sur le palmarès national et qui mérite sans contestation possible d'être dans l'équipe historique du club.

Respect et admiration.

juan brujo
02/05/2008, 15h24
je trouve cet article tres bon momo.
bravo et merci de m'avoir fait découvrir véritablement ce joueur atypique ^^

Mimo
02/05/2008, 18h17
Pour beaucoup d'anciens, Théo fut le plus talentueux de tous.


LE grand de Monaco.

Dayi'
02/05/2008, 18h32
Au niveau des stats, il me fait penser à Camel Meriem.








Je sors :ninja:

jay-esse-jay
02/05/2008, 22h35
Pour beaucoup d'anciens, Théo fut le plus talentueux de tous.


LE grand de Monaco.


TAGGLE ! LE plus GRAND, c'est Glenn ! :x

Momo, mettre Scifo au milieu de nos plus brillants n°10, ça fait vraiment tache... :/: